Votre numéro de standard s’affiche sur le téléphone d’un inconnu qui vient d’arnaquer quelqu’un. Ou, à l’inverse, un appel de votre commercial en déplacement arrive « numéro masqué ». Ces deux scénarios ont une même origine : l’usurpation de numéros, que le régulateur a décidé de combattre à la source. Depuis le 1er janvier 2026, les règles se sont durcies, et elles touchent directement la façon dont votre entreprise téléphone.

Un phénomène en forte hausse

Une usurpation survient lorsqu’un appelant fait afficher chez son destinataire un numéro qui n’est pas le sien. Les fraudeurs exploitent la liberté de paramétrage des systèmes de téléphonie et choisissent souvent des numéros au hasard pour ne pas être identifiables. Selon les chiffres de la plateforme « J’alerte l’Arcep », les signalements sont passés d’environ 500 en 2023 à environ 8 500 en 2024, puis à plus de 18 000 en 2025.

Pour une entreprise, le risque est double. Ses salariés reçoivent des appels qui imitent une banque, un service public ou un fournisseur connu. Et son propre numéro peut être copié par un tiers, au détriment de sa réputation : des clients cessent de décrocher quand un numéro, associé à des nuisances, est le vôtre.

Ce que prévoit le cadre réglementaire

La loi du 24 juillet 2020 impose aux opérateurs d’authentifier le numéro de l’appelant. Le dispositif, appelé mécanisme d’authentification des numéros (MAN), repose sur les protocoles STIR/SHAKEN : l’opérateur d’origine « signe » l’appel de son client, et les opérateurs qui l’acheminent peuvent le couper si la signature est absente ou invalide. Il a été déployé progressivement, entre fin 2024 et début 2025 selon les types de numéros.

Les obligations de l’opérateur sont précises. Il doit s’assurer que son client est bien affectataire du numéro qu’il affiche, ou que le titulaire a donné son accord. Il doit aussi limiter techniquement la liste des numéros que chaque client peut présenter, et bloquer les appels qui sortent de cette liste.

Depuis le 1er janvier 2026, une règle supplémentaire s’applique : tout appel venant de l’étranger et affichant un numéro mobile français non authentifié doit être présenté comme « numéro masqué ». L’Arcep précise qu’un numéro masqué n’est pas, à lui seul, un indice suffisant pour considérer un appel comme frauduleux. Fin 2025, plus de 80 % des appels émis par des abonnés français en itinérance étaient déjà authentifiés. Par ailleurs, l’Arcep a ouvert en janvier 2026 une enquête administrative visant l’ensemble des opérateurs attributaires de numéros, pour vérifier le respect de ces obligations.

Téléphonie — Usurpation de numéros
Téléphonie — Usurpation de numéros

Ce que cela change pour votre standard

Le point central est la liste des numéros que vous avez le droit de présenter. Elle figure dans votre contrat avec l’opérateur. Si votre autocommutateur affiche un numéro absent de cette liste, l’appel peut être refusé ou dégradé, sans message d’erreur évident : le correspondant ne décroche pas, et personne ne comprend pourquoi.

Quatre situations méritent une vérification.

Les numéros de présentation. Beaucoup d’entreprises affichent le numéro du siège pour toutes les agences, ou le numéro direct de chaque collaborateur. Chacun doit être déclaré chez l’opérateur et vous appartenir.

Les renvois vers mobile. Lorsqu’un appel est transféré vers le portable d’un salarié, le numéro affiché peut changer en route. L’Arcep reconnaît elle-même que des contraintes d’équipement, comme certains renvois d’appels, peuvent empêcher la transmission des données d’authentification.

Les installations multi-opérateurs. Si vos lignes viennent de deux opérateurs, ou si des numéros ont été portés, chaque flux doit présenter uniquement les numéros attribués par l’opérateur qui l’émet.

Les collaborateurs en déplacement. À l’étranger, un appel émis depuis un mobile français peut, dans de rares cas, arriver masqué. Prévenez vos équipes commerciales, et privilégiez la messagerie ou un rappel depuis le standard quand un échange est important.

Protéger vos équipes côté réception

Aucune règle technique n’éliminera la fraude. Elle reste une affaire de réflexes. Le numéro affiché n’est pas une preuve d’identité, et un numéro masqué n’est pas une preuve de fraude. Quelques pratiques simples suffisent à réduire le risque : ne jamais communiquer un code, un mot de passe ou un accès à distance à un correspondant qui appelle de lui-même ; rappeler le service concerné sur un numéro connu avant toute action sensible ; confirmer un changement de coordonnées bancaires par un second canal. Ces consignes rejoignent celles de notre article sur les accès et l’authentification : l’humain reste le dernier maillon.

Si vous êtes victime d’une usurpation, l’Arcep indique qu’elle est généralement éphémère et qu’elle n’implique pas nécessairement un vol de données. Changer de carte SIM est inefficace, et changer de numéro n’est en général utile que si les désagréments persistent. Le signalement se fait sur « J’alerte l’Arcep ».

Une vérification en quatre points

Demandez à votre opérateur la liste exacte des numéros que vous êtes autorisé à présenter. Comparez-la avec la configuration réelle de votre standard, sans oublier les agences, les mobiles et les applications d’appel. Testez ensuite un appel sortant depuis chaque cas d’usage, y compris un renvoi vers mobile. Enfin, consignez la procédure : qui prévenir, et quoi vérifier, lorsqu’un client se plaint de ne plus parvenir à vous joindre ou d’être appelé par un numéro qui n’est pas le vôtre.

Vos appels sortants sont-ils conformes ?

Assutech audite la configuration de votre standard et de vos lignes, rapproche vos numéros présentés de ceux déclarés chez l’opérateur, et corrige les écarts. Une demi-heure suffit pour savoir où vous en êtes.

Découvrir nos solutions de téléphonie

Sources : Arcep, fiche pratique « Usurpation de numéro de téléphone fixe ou mobile » (définition, rôle des opérateurs, règle du 1er janvier 2026) · Arcep, décision de décembre 2025 modifiant le plan national de numérotation, et décision du 22 janvier 2026 ouvrant une enquête administrative (chiffres de signalements, dates) · Loi du 24 juillet 2020 visant à encadrer le démarchage téléphonique et à lutter contre les appels frauduleux.